At first glance, Descamps + Mazzi stand out for the extremely produced nature of their art. The gesture is tangibly precise, with a confident intentionality at work. Their sculptures, installations and murals include recurring, potentially utilitarian and at least decorative elements. First reaction: we are dealing with objects, something that we use for something. A comforting feeling for our psyches built and surrounded by consumer goods: "It's pretty, isn't it? How much is it? "... The works appear to form a system and create a closed environment where interplaying shapes, colours and materials all claim: each piece is in its right place vis-à-vis the others—everything is complete, save the external gaze. Are we free to interact with these objects, manipulate them? Their intrinsic accessibility prompts us to: works placed at ground level, playful colour code, straps surging from the surface... The various pieces combine in a fundamentally haptic ensemble.

 

These same elements that instinctively placed us on familiar territory gradually prove deceptive. Growing doubts about the nature and destination of the works start affecting our faltering vocabulary. The presumably perfect and readable system loses ground to a more conceptual questioning. Therein lies the other intentionality of the artists: hybridizing their visual art practice, taking inspiration from the conventions that define a utilitarian object. And this, to come back to the fundamental question: to what extent have we become mere homo consumens (Erich Fromm), our gaze tampered with by the expectation of a finished product, immediately consumable, disposable, replaceable? Descamps + Mazzi shun the ready-made, a worn-out paradigm of contemporary art. They confront two practices of making that are crafts and visual arts, mocking the ubiquitous codes of lifestyle. In order to free the gaze from a purely teleological interpretation of things, the duo creates autonomous, hence destabilizing forms. But to the often off-ground processes of science fiction, the artists prefer a speculative approach, with almost-familiar forms aimed at shaping an emerging gaze, able to think the malleability and fluidity of our environments. In this sense, Descamps + Mazzi's work borrows from the philosophy of speculative design whereby the object, far from offering an immediate solution to an identified need, opens up a space of possibilities, conducive to imagination and renewed reflections on our relationship to the real (Anthony Dunne & Fiona Raby). Descamps + Mazzi thus create structures of indeterminacy and, in so doing, open up the discussion on the infinitude of their art practice.

 

However, the artists' approach is not one-sided. The question of the work’s absolute utility supports a diagnosis that is in fact critical of our consumer society. However, and in a dialectical play, this formal and conceptual research also challenges us to decipher the works. Interaction is indeed at stake here, the purpose of which is not so much our relation to the work, as a reflexive look back at ourselves. To catch the eye and engage this reflection, Descamps + Mazzi define protocols based on recurring colours and essentially geometric shapes, running through the sculptures, installations and murals. There is what looks like the letter A, reminiscent of a prehensile shape. There is the half-circle, a symbol of incompleteness and imbalance. There are elements of typography which normative validity remains unsettled. These are all units of meaning that the artist duo calls “gabarits” (French for jigs), thereby paying tribute to the technicality of artisan work. From this practice emerges a visual lexicon in which even the preparatory acts are made visible, as if to insist on the evolving potential of the forms. These self-proclaimed codes guide us and lose us at the same time since the “gabarits”, defining the visual properties of one work, may shift anytime to another work and become one structural element.

 

Descamps + Mazzi postulate that shapes are beings of their own. Their works are expected to evolve and recompose following internal dynamics. At a time when individuals stake claim to fluid, multidimensional identities, we need to think of the surrounding artifacts as equally fluid, turned not towards an abstract, blissful or dystopic future, but towards a probable present which we shall endeavour to constantly reconfigure. The works’ value thus stems from their current aspect but even more so from their inner transformative potential. Conceptualizing a kinetic desire, they are not, however, its simplistic and alienating representation. Their power resides in a movement to be invented in relation to themselves, as much as with oneself. Descamps + Mazzi’s art practice is therefore one of making, understood not as productive performance on the artists’ end, but as catalyzer of our collective desire for action at a cognitive and physical level. Their art invites us to create our own narratives, shake up our classic understanding of what stuff is, and turn to the extra-ordinary, finally.

 

Tina Allison Wetchy

Alumna of the Visual Arts MA in Critical, Curatorial and Cybermedia Studies at HEAD – Genève, Switzerland

Au premier abord, Descamps + Mazzi se distinguent par le caractère extrêmement produit de leurs œuvres. On sent une précision dans le geste, une intentionnalité sûre d’elle-même dans le mode de réalisation. Leurs sculptures, installations et murales comportent des éléments récurrents, potentiellement utilitaires, pour le moins décoratifs. Premier réflexe: on a affaire à des objets, quelque chose qui sert à quelque chose. Sensation sécurisante pour nos psychés construites par et entourées d’objets de consommation: « C’est joli, non? C’est combien? »… Les œuvres semblent faire système et créent un environnement clos où formes, couleurs et matières se répondent et disent: chaque pièce est à sa place vis-à-vis des autres—il n’y a rien à ajouter, si ce n’est le flux des regards. Est-on libre d’interagir avec ces objets, de les manipuler? Leur accessibilité intrinsèque y invite: pièces posées au sol, code couleur ludique, sangles surgies des surfaces… Chaque œuvre se conjugue dans un ensemble foncièrement haptique.

 

Ces mêmes éléments qui nous plaçaient d’instinct en terrain connu s’avèrent peu à peu déceptifs. Et c’est le vocabulaire usuel qui chancelle, à mesure que le doute grandit quant à la nature et destination des pièces présentées. La lisibilité du système a priori parfait s’estompe, au profit d’un questionnement conceptuel. Là réside l’autre intentionnalité des artistes: hybrider leur pratique plasticienne, en s’inspirant des conventions qui déterminent l’objet utilitaire. Et ce, pour mieux revenir à la question fondamentale: à quel point sommes-nous devenu.e.s des homo consumens (Erich Fromm), le regard modifié par l’attente d’un produit fini, immédiatement consommable, jetable, remplaçable? Descamps + Mazzi refusent le ready-made, paradigme usé de l’art contemporain. Ils mettent en tension deux pratiques du faire que sont les arts plastiques et l’artisanat, se moquant des codes de la décoration. Afin d’extraire le regard d’une interprétation purement téléologique des choses, le duo crée des formes autonomes, donc déstabilisantes. Mais aux modes opératoires souvent hors-sol de la science-fiction, les artistes préfèrent une approche spéculative, soutenue par des formes quasi-familières, propres à façonner un regard émergent, capable de penser la malléabilité et fluidité de nos environnements proches. En ce sens, le travail de Descamps + Mazzi emprunte au speculative design, courant dans lequel l’objet, loin d’offrir une solution immédiate à un besoin identifié, ouvre un espace des possibles, propice à l’imagination et à une réflexion renouvelée sur notre rapport au réel (Anthony Dunne & Fiona Raby). Descamps + Mazzi créent ainsi des structures d’indétermination et, ce faisant, ouvrent la réflexion sur l’infinitude de leur pratique artistique.

 

Pour autant, la démarche des artistes ne se veut pas unidimensionnelle. La question de l’utilité absolue de l’œuvre pose un diagnostic certes critique sur notre société de consommation. Cependant, et dans un mouvement dialectique, cette recherche formelle et conceptuelle nous lance également le défi de déchiffrer ces œuvres. C’est bien d’interaction dont il s’agit ici, celle-ci ayant moins pour finalité le rapport de soi à l’œuvre, qu’un retour réflexif sur soi-même. Pour accrocher le regard et provoquer cette réflexion, Descamps + Mazzi définissent des protocoles, fondés sur un code couleur et des formes d’essence géométrique récurrentes, qui rythment le cheminement d’une sculpture à une installation, d’une murale à une autre sculpture. Il y a ce qui ressemble à la lettre A et laisse penser à une forme préhensile. Il y a le demi-cercle, symbole d’incomplétude et de déséquilibre. Il y a des éléments de typographie dont la validité normative reste à débattre. Ce sont là autant d’unités de sens que le duo d’artistes nomme « gabarits », rendant ainsi hommage à la technicité du geste artisanal. De ce travail naît un lexique visuel dans lequel même les actes préparatoires apparaissent en filigrane de l’œuvre, comme pour insister sur le potentiel évolutif des formes. Ces codes auto-proclamés nous guident et nous perdent en même temps, à mesure que les gabarits, définissant un instant une pièce à un échelon visuel, deviennent soudain des éléments de structure pour une autre.

 

Descamps + Mazzi postulent que les formes ont un être propre. Leurs œuvres sont appelées à évoluer et se recomposer selon leurs dynamiques internes. À une époque où les individus revendiquent des identités fluides, multidimensionnelles, il s’agit de penser les artefacts qui nous entourent comme pareillement fluides, tendus non pas vers un futur abstrait, béat ou dystopique, mais vers un présent probable, qu’il nous appartient de constamment reconfigurer. Ces œuvres valent donc non seulement pour ce qu’elles sont en cet instant, mais pour leur potentialité d’être. Conceptualisant un désir cinétique, elles n’en sont pas pour autant la représentation simpliste et aliénante. Le pouvoir de ce travail réside dans un mouvement à inventer en relation avec l’œuvre, autant qu’avec soi. Ainsi, Descamps + Mazzi sont des artistes du faire, compris non pas comme un ensemble de gestes productifs mais comme catalyseur de notre désir collectif d’action à un niveau cognitif et physique. Leurs œuvres nous invitent à créer nos propres narrations, bousculer le sens même que nous donnons habituellement aux choses et tendre, enfin, vers l’extra-ordinaire.

 

Tina Allison Wetchy

Ancienne élève du Master Arts Visuels en Études Critiques, Curatoriales et Cybermedia à HEAD – Genève, Suisse

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